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Sugaar et l’Herensuge : les deux visages obscurs de la mythologie basque

Bonjour tout le monde, je suis Sabrina Carpentenaux, redatrice sur ce site, vous pouvez retrouver mon Facebook ici, en cliquant. Merci à Urko Barrastmendy, pour m’avoir inviter à écrire un article de presse. Aujourd’hui, nous allons parler de Mythologie Basque et de l’histoire du peuple basque , des croyances de la proto-histoire et de la mythologie basque, avant l’air de la Chrétienneté

Sugaar, Herensuge : qui se cache vraiment derrière les grandes ombres du Pays basque ?

Bien avant que les clochers des églises ne dominent les villages et que les chroniques médiévales ne racontent les exploits des seigneurs, les montagnes du Pays basque abritaient déjà un univers de croyances profondément enraciné dans la nature. Dans cet imaginaire ancestral, les grottes étaient des portes vers l’invisible, les sommets des lieux de puissance et les tempêtes les manifestations de forces que les hommes cherchaient à comprendre.

Au cœur de cet héritage se trouvent deux créatures fascinantes : Herensuge, le serpent-dragon souvent représenté avec sept têtes, et Sugaar, un génie masculin associé au serpent, au feu et aux phénomènes atmosphériques. Tous deux appartiennent à un ensemble de récits qui se sont transmis au fil des générations, parfois sous des formes différentes selon les vallées et les provinces.

Leur histoire nous conduit également vers Mari, figure majeure de la mythologie basque, intimement liée aux montagnes, aux grottes, à la terre et aux manifestations du climat.

Il faut toutefois distinguer les traditions populaires documentées des hypothèses sur la religion préhistorique. Les récits conservés par les ethnographes permettent de retrouver des croyances anciennes, mais ils ne prouvent pas que toutes ces figures formaient déjà un panthéon organisé à la protohistoire. Les Basques d’autrefois n’ont pas laissé de livre sacré décrivant leurs divinités : leur héritage mythologique nous est principalement parvenu par la mémoire des lieux et la parole des anciens.

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Deux figures, un même souffle : des croyances qui varient selon les provinces

Commençons par une précision d’historien : la mythologie basque n’a jamais été écrite. Elle nous est parvenue par la tradition orale, recueillie surtout au XXe siècle, notamment par le père José Miguel de Barandiaran. Les croyances varient donc d’un vallon à l’autre, et il faut parler de tendances, non de frontières nettes.

Sugaar, dont le nom signifie « serpent mâle », est le compagnon de Mari, la déesse des montagnes. Il traverse le ciel comme une flamme ou un éclair, et on le lie au tonnerre et aux tempêtes. Les récits qui le décrivent le plus nettement viennent de Gipuzkoa et de Biscaye, autour de massifs comme l’Anboto ou l’Aizkorri, où l’on racontait que Mari et lui se retrouvaient chaque semaine dans les cavernes pour décider du temps qu’il ferait. Quand le tonnerre grondait sur la vallée, on disait que Sugaar rendait visite à sa compagne.

L’Herensuge, lui, est le dragon proprement dit. Son nom vient de « suge », le serpent. Ses légendes, souvent dotées de sept têtes, se retrouvent surtout en Navarre, en Labourd et en Soule. L’exemple le plus célèbre est celui de Teodosio de Goñi, chevalier navarrais dont le récit, lié au sanctuaire de San Miguel d’Aralar, fait intervenir un dragon vaincu avec l’aide de saint Michel. Ici, la figure païenne est reprise par le christianisme : le monstre devient le symbole du mal que le saint doit terrasser.

Deuxième partie : les autres divinités et créatures de la mythologie basque :

Mari, la grande figure féminine de la nature

Si une figure devait résumer la richesse de la mythologie basque, ce serait probablement Mari.Souvent présentée comme une déesse-mère dans les interprétations modernes, elle incarne avant tout une puissance féminine étroitement liée à la nature. Ses demeures sont situées dans des grottes et des montagnes, notamment dans les récits associés à l’Anboto.

Mari peut apparaître sous différentes formes : femme majestueuse, silhouette enveloppée de nuages, présence lumineuse ou figure traversant le ciel. Ses déplacements sont parfois associés aux changements météorologiques.

Elle est également liée à une forme de justice morale. Plusieurs traditions racontent qu’elle sanctionne le mensonge, le vol ou le manque de respect envers autrui. Elle ne représente donc pas seulement la beauté de la nature, mais aussi un ordre auquel les hommes sont censés se conformer. Sa puissance n’est pas nécessairement celle d’une souveraine distribuant des récompenses et des punitions selon une volonté humaine. Elle apparaît plutôt comme une force naturelle dont les manifestations imposent le respect. Mari nous rappelle ainsi une idée fondamentale : dans les sociétés anciennes, la nature pouvait être perçue comme une réalité vivante, dotée d’une présence et d’une autorité propres.

Basajaun, le seigneur sauvage des forêts

Basajaun, littéralement associé à l’idée de « seigneur sauvage », est une figure majeure des récits basques.

Il est généralement décrit comme un être puissant, couvert de poils et vivant dans les forêts ou les montagnes. Selon les légendes, il peut protéger les troupeaux, prévenir les bergers de dangers imminents ou entretenir des relations ambivalentes avec les humains. Certaines traditions lui attribuent des connaissances particulières, notamment dans les domaines de l’agriculture, du travail du métal ou des techniques artisanales.

Basajaun représente ainsi une forme de puissance sauvage qui n’est pas toujours hostile. Contrairement au dragon qui menace les hommes, il peut devenir un protecteur ou un détenteur de savoirs.

Cette figure traduit peut-être la fascination que les communautés rurales éprouvaient devant les espaces forestiers, où l’homme ne régnait pas entièrement et devait composer avec un environnement parfois imprévisible. Les forêts étaient des lieux de ressources, mais aussi de solitude, de danger et de mystère. Basajaun leur donne une présence humaine sans les rendre entièrement familières.

Laminak, les êtres mystérieux des rivières et des grottes

Les Laminak occupent une place particulière dans le folklore basque. Souvent représentés sous une apparence féminine, ils sont associés aux rivières, aux sources, aux grottes et à certains lieux isolés.

Dans plusieurs récits, ils possèdent des pieds particuliers, parfois décrits comme ceux d’animaux. D’autres histoires leur attribuent une beauté extraordinaire et des pouvoirs surnaturels.

Les Laminak peuvent aider les humains, leur transmettre des savoir-faire ou leur proposer des échanges. Mais ils imposent parfois des conditions qu’il ne faut pas transgresser. Les récits les concernant évoquent souvent la promesse non tenue, l’interdiction enfreinte ou la nécessité de respecter la parole donnée.

Ils rappellent ainsi l’importance des engagements dans les sociétés traditionnelles. Une promesse n’était pas seulement une affaire personnelle : elle pouvait déterminer les relations entre les familles, les communautés et le monde symbolique qui les entourait. Les Laminak appartiennent à cet univers où les sources, les ruisseaux et les grottes ne sont jamais tout à fait ordinaires.

Tartalo, le géant inquiétant

Tartalo est un géant cyclopéen, généralement représenté avec un seul œil. Il apparaît dans plusieurs contes populaires comme une créature dangereuse, parfois anthropophage, qui capture des humains et les retient prisonniers.

Ces histoires possèdent des ressemblances avec d’autres traditions européennes, notamment les récits mettant en scène des géants ou des ogres. Le personnage de Tartalo illustre la manière dont les légendes circulent et se transforment. Un même motif peut traverser plusieurs régions tout en adoptant des noms, des paysages et des détails différents.

Dans les récits, l’intelligence, la ruse et le courage permettent souvent aux personnages humains de surmonter une force physique qui semble pourtant invincible. Tartalo devient alors le symbole d’une peur que l’on peut affronter, à condition de ne pas renoncer à réfléchir.

Eki et Ilargi, le Soleil et la Lune dans l’imaginaire basque

Le Soleil et la Lune occupent une place importante dans les traditions populaires basques. Eki, ou Eguzki selon les formes et les usages, désigne le Soleil. Ilargi désigne la Lune. Leur place dans la langue et le folklore témoigne de l’importance des cycles célestes dans les sociétés anciennes.

Le Soleil rythmait les travaux agricoles, la vie des troupeaux et les déplacements quotidiens. La Lune, quant à elle, accompagnait la nuit, les saisons et les observations du ciel.

Dans certaines traditions, le Soleil est associé à une puissance protectrice, tandis que la Lune entretient des relations symboliques avec la nuit et le monde des morts. Il serait toutefois excessif d’affirmer que toutes les communautés basques ont toujours considéré Eki et Ilargi comme des divinités organisées dans un même panthéon. Les croyances différaient selon les lieux et les époques. Ces figures restent néanmoins essentielles pour comprendre la place de la lumière et de l’obscurité dans la vision traditionnelle du monde.

Atarrabi et Mikelats, deux figures opposées

Atarrabi et Mikelats apparaissent dans certaines traditions comme deux frères dont les caractères s’opposent.

Atarrabi est généralement associé au bien, tandis que Mikelats représente une puissance malveillante ou destructrice. Leurs récits ont été interprétés dans le contexte des transformations religieuses qui ont marqué le Pays basque. Certains motifs ont été remodelés au contact du christianisme, qui a parfois réorganisé les anciennes figures mythologiques autour de l’opposition entre le bien et le mal.

Il faut donc éviter de présenter ces deux personnages comme les membres assurés d’une religion basque préhistorique parfaitement structurée. Ils témoignent plutôt de la capacité des traditions orales à intégrer de nouvelles représentations tout en conservant des noms, des personnages et des motifs issus d’un héritage plus ancien

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